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Le mouvement pro-pédocriminalité des années 70 derrière l’affaire Girard

23 juillet 2020 : Christophe Girard quitte son poste de Maire-adjoint à la Culture à Paris, auquel il venait d’être reconduit, suite aux protestations de féministes, en particulier Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu, quant à son soutien indéfectible au pédocriminel Gabriel Matzneff. Quelques jours après, Aniss Hmaid, présent à la manifestation du 23 juillet, accuse Christophe Girard de viols quand il avait 16 ans dans les colonnes du New York Times

Ceci n’est que la suite de l’affaire Matzneff; révélée au grand public en janvier 2020, à l’occasion de la sortie de l’admirable livre de Vanessa Springora, Le Consentement, dans lequel, la directrice des éditions Julliard, met des mots sur les viols pédocriminels commis par Matzneff contre elle alors qu’elle n’avait que 14 ans. De 1986 à 1988, Vanessa Springora sera « une proie vulnérable » soumise à une prédation à la fois « sexuelle, littéraire et psychique ». Double peine pour la victime, elle souffrira de voir Matzneff acclamé pour ses multiples récits autobiographiques faisant l’apologie de la pédocriminalité. Quoi de mieux pour un violeur comme Matzneff que de garantir son impunité en travestissant, grâce à ses livres, ses viols pédocriminels en histoires d’amour sulfureuses et transgressives, condamnées à tort par une morale bourgeoise ? 

La fondation de Pierre Bergé, qui, par l’intermédiaire de Christophe Girard, finança la chambre d’hôtel de Matzneff, pendant deux ans pour lui permettre d’échapper à la Brigade des Moeurs pendant sa relation avec Vanessa Springora lui fut d’un grand soutien pendant des décennies. En 1993, La prunelle de mes yeux, récit des viols contre Vanessa Springora est ainsi dédicacé par Matzneff à …. Christophe Girard. 

Christophe Girard dira ensuite pour sa défense qu’il aurait “découvert” que Matzneff était un pédocriminel quand il a lu le livre de Vanessa Springora en 2019 ! 

Retour en arrière pour démonter cette pitoyable défense de Christophe Girard.

En novembre 1976, Matzneff, dans une chronique qu’il tient dans Le Monde titrée “L’amour est-il un crime ” soutient quatre pédocriminels dans l’affaire de Versailles, réduisant leurs crimes à “une simple affaire de moeurs, où les enfants n’ont pas été victimes de la moindre violence, mais au contraire ont été consentants et que cela leur avait été fort agréable”. Mais cette tribune ne vient pas de nulle part.

En 1973, David Hamilton, sous couvert de libération sexuelle, publiait des photos dénudées d’adolescentes (qu’il violera), accompagné d’un texte de l’écrivain Alain Robbe-Grillet ouvertement “pédophile”. En 1974, deux livres font ouvertement éloge de la “pédophilie” : Emile perverti de René Scherer et Le Bon sexe illustré de Tony Duvert. En 1980, Tony Duvert déclare ainsi : « Ma pédophilie, donc, s’intéresse aux garçons impubères. Mais quand commence l’impuberté ? Les bébés ne m’attirent pas encore ; les petits de deux à trois ans me plaisent à la folie, mais cette passion est restée platonique ; je n’ai jamais fait l’amour avec un garçon de moins de six ans et ce défaut d’expérience, s’il me navre, ne me frustre pas vraiment. Par contre, à six ans, le fruit me paraît mûr : c’est un homme et il n’y manque rien. Cela devrait être l’âge de la majorité civile. On y viendra. »

Les amis Tony Duvert, René Schérer et Gabriel Matzneff sont la tête de proue du mouvement pro-”pédophilie”, dénonçant avec des arguments fallacieux “l’ordre moral” qui empêcherait la sexualité des enfants. Ce même René Scherer sera aussi le mentor et l’amant de Guy Hocqueghem, et tous deux seront des figures importantes du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et militeront ardemment pour les droits des homosexuels. Guy Hocqueghem fait paraître Le Désir homosexuel, livre-manifeste de la « révolution » homosexuelle et considéré aujourd’hui comme l’un des textes fondateurs de la théorie queer. 

C’est dans ce contexte que le 26 janvier 1977, faisant suite à la tribune de novembre 1976, Gabriel Matzneff et Guy Hocquenghem recueillent 69 signatures pour une pétition demandant la libération des quatre pédocriminels et dénonçant la loi interdisant des relations avec des enfants. “Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit.” concluent les signataires, dont Barthes, Deleuze, Sartre, De Beauvoir, Hocquenghem, Matzneff, Leyris, Aragon, Chéreau, Kouchner, Scherer, Lang…

Le 23 mai 1977, un second texte appelle à la dépénalisation des relations entre mineur.es et adultes, l’associant à la revendication, elle, légitime, de l’alignement de la majorité sexuelle (alors à 15 ans pour les hétérosexuel.les et 18 ans pour les homosexuel.les).

En 1979, Guy Hocquenghem parle d’”amours minoritaires” pour parler de pédocriminalité et donne la parole à Tony Duvert qui préconise d’empêcher que les femmes aient « un droit exclusif sur les enfants » et déclare une “guerre contre les mères”. 

1982 marque cependant un tournant : Mitterrand ayant aligné la majorité sexuelle pour tou.te.s à 15 ans, les militants homosexuel.les s’éloignent ensuite des défenseurs de la pédocriminalité. Matzneff cesse sa tribune régulière dans Le Monde. Guy Hocqueghem quitte Libération, mais persiste en publiant Les petits garçons. Ces propos sont de moins en moins tolérés. 

Ainsi entre 1974 et 1982, la juste et nécessaire lutte contre l’homophobie et pour les droits des homosexuel.les, a été associée à un discours pro-pédocriminalité. “Pédophilie”, “pédérastie” et “homosexualité” étaient amalgamées et défendues par Hocqueghem, Schérer, Matzneff et Duvert, comme des pratiques sexuelles qui, toutes, devaient cesser d’être perçues commes déviantes. 

C’est cette proximité avec des cercles “progressistes” qui rend silencieuse la gauche. Les seules voix qui s’élevaient contre étaient soit les réactionnaires et conservateurs de droite au nom de la “morale”, soit les féministes, pour de bonnes raisons -elles- : En 1990, Denise Bombardier rappelle l’évidence sur un plateau d’Apostrophes : “M. Matzneff nous raconte qu’il sodomise des petites filles de 14, 15 ans. (…) Mais ce que l’on ne sait pas, c’est comment ces petites filles, qui ont subi un abus de pouvoir s’en sortent-elles après coup ?” Ces filles ont subi des viols pédocriminels, et “la littérature ne peut pas servir d’alibi” conclut-elle. Puis en 2013, lors de l’attribution du Prix Renaudot à Matzneff, des associations de lutte contre la pédocriminalité lancent une pétition de protestation. 

Tout ceci est largement su et médiatisé, et pourtant, encore en 1986, Christophe Girard accorde soutien financier et amitié à Matzneff, et continuera jusqu’en 2019, même depuis la Mairie de Paris où il recommandera Matzneff pour une allocation à vie du CNL (Conseil National du Livre), ou en l’invitant à déjeuner dans le cadre de ses fonctions de Maire Adjoint à la culture.

Sous prétexte de “libération sexuelle”, ce mouvement pro-pédocriminalité occultait les rapports de domination à l’œuvre entre un.e enfant.e et un adulte, et comment la contrainte y était consubstantielle de la différence d’âge. Il aura fallu attendre #METOO pour que les féministes qui scandent “Un.e enfant.e n’est jamais consentant.e” soient davantage entendues par la société. Des livres comme celui de Flavie Flament ou de Vanessa Springora y contribuent aussi grandement. 


Céline Piques


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