Déviriliser le monde

À PROPOS DU LIVRE


Depuis 2017, le mouvement #MeToo fait entendre les voix des femmes dénonçant les violences masculines. Malgré l’ampleur de la mobilisation féministe et les promesses politiques, les inégalités perdurent. Le capitalisme, dont l’idéologie viriliste exalte la prédation et la domination, perdure aussi malgré les crises, sociales, écologiques, ou sanitaires. 

Et si, après cette pandémie qui devait faire vaciller nos certitudes et nous permettre d’imaginer le monde d’après, nous imaginions un futur dans lequel les femmes seraient au centre ? Un monde plus juste, moins violent, moins inégalitaire, un monde qui ébranlerait le productivisme, le capitalisme forcené, un monde qui redéfinirait nos priorités pour se concentrer sur « l’essentiel ». 

Dans la matrice idéologique de la gauche, la question centrale est celle de l’aliénation dans les rapports de production capitaliste, et comment s’en défaire par des transformations sociales et, depuis peu, écologiques. La lutte contre le sexisme, comme la lutte contre le racisme, est perçue comme un sujet « sociétal » secondaire. Les droits des femmes pèsent peu. Pourtant, la domination impérialiste, capitaliste, néolibérale, la prédation économique et financière, comme la guerre, se nourrit de l’idéologie viriliste. C’est ce qu’analysait déjà Andrea Dworkin en 1983. Écraser l’autre, le dominer. 

La violence est masculine. Et les violences sexistes et sexuelles sont structurelles. 

Être féministe, c’est défendre la justice. 

C’est croire, de façon fondamentalement optimiste et humaniste, que cette violence contre les femmes n’est pas inéluctable – pas plus que cette appétence pour la guerre – dont la guerre économique. 

C’est croire en l’éducation non sexiste, et au vivre ensemble dans l’égalité. 

Et si l’utopie féministe visait autant à émanciper les femmes qu’à déviriliser la société tout entière ? Baisser le niveau de violence dans la société en combattant l’idéologie viriliste, tel pourrait être le nouveau paradigme.

L’enjeu du féminisme aujourd’hui est d’exiger que les femmes ne soient ni des objets sexuels soumis au désir masculin, ni des matrices utérines assignées à un rôle de reproduction, ni des mères astreintes au travail domestique et parental gratuit. « Reclaim », nous dit l’écoféministe Émilie Hache. 

Se réapproprier nos corps, c’est se réapproprier nos sexualités et notre fécondité. 

Se réapproprier notre travail, c’est s’interroger sur le système de production capitaliste qui prospère sur le travail de reproduction des femmes.

Je défends ici un féminisme matérialiste, c’est-à-dire une analyse fondée sur les conditions matérielles de l’oppression de la classe des femmes. La lutte féministe vise à combattre l’exploitation sexuelle, reproductive, domestique et économique des femmes, et à déconstruire les stéréotypes de genre. Le genre est une construction sociale mais surtout une hiérarchie qui vise à rendre « naturelle » l’infériorité des femmes, pour légitimer leur soumission. Il nous faut l’abolir.

Ma perspective est aussi écoféministe. Imaginer ce que serait un monde à rebours du virilisme patriarcal, de la prédation capitaliste et de la destruction environnementale. Imaginer une société valorisant le soin et la coopération, en mettant à bas cette fascination collective pour la force, la compétition, la domination – le « pouvoir-sur », comme la nomme l’écoféministe Starhawk.

Ce livre a été pensé comme un manifeste politique féministe, nourri par la lecture de textes et de tribunes de féministes remarquables. Nous n’avons qu’à suivre le chemin de nos aînées pour prendre la bonne direction. Ce livre ne prétend pas à l’exhaustivité, mais trace des perspectives ambitieuses et propose des solutions concrètes. Andrea Dworkin et Gisèle Halimi sur le viol, le « manifeste des 343 » sur le droit à l’avortement, Christine Delphy sur l’exploitation domestique, Adrienne Rich sur le lesbianisme, Silvia Federici et Émilie Hache sur l’écoféminisme... toutes font partie de ce matrimoine féministe qui fut ma boussole précieuse pendant ces sept dernières années à Osez le Féminisme !, et qui, j’espère, saura nous guider pour faire advenir le monde d’après : un monde féministe, équitable et écologiquement soutenable.

 
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